Les mystères des Alpes sur Planète Terre: réflexion sur les montagnes

Auteur franz dans Géographie LS1 — franz mer 21 mai 2008 17:58

En Février 2008, Sylvain Kahn a accueilli sur France culture dans son émission Planète Terre deux géographes spécialistes des montagnes : Bernard Debarbieux et Pierre Pech

Ces deux émissions nous permettrons d’approfondir notre réflexion sur la géographie de la montagne.

Durant deux émissions, Planète Terre vous convie à une réflexion sur les Alpes.
Ecoutons d’abord Bernard Debarbieux.


Le Mont Blanc depuis Flaine photo F arnal 2006

Quel est l’état de la recherche sur ce massif qui est en France l’archétype, pour ne pas dire le modèle, de la montagne ?
Les Alpes se donnent comme une unité de sens géographique élémentaire et essentielle. On parle des Alpes comme d’un fait de nature là de toute éternité, inamovible, sinon fixe. Cette perception va de pair avec une certaine fascination, un pouvoir de séduction et d’attraction qu’exercent les Alpes – d’où la tentation et le besoin scientifique d’en percer le mystère.
Les mystères des Alpes, c’est le sujet de cette émission sur Planète Terre.
Ce premier rendez-vous ne sera pas placée sous le signe de la géographie physique, mais sous celui de la géographie culturelle, qui est la marque de fabrique de notre invité d’aujourd’hui.
Bernard Debarbieux. est  professeur à l’Université de Genève, département de géographie.
Toute sa recherche géographique tend à démontrer que les Alpes sont une représentation, un espace perçu et un discours construit.
L’émission est placée sous le signe de la géographie culturelle qui est une marque de fabrique de la pensée de B Debarbieux.
Cette géographie culturelle tend à déconstruire la classique géographie alpine qui fait du relief et du milieu des éléments d’identification des Alpes ou des espaces montagnards.

Faut il aller jusqu’à penser que les Alpes n’existent pas ?

"Le relief est quelque chose qui existe indiscutablement, la topographie est là, mais si on veut comprendre la façon que les sociétés ont d’ habiter l’Europe ou une partie de l’Europe qu’on appelle les Alpes, il faut comprendre de quelle façon les populations composent et vivent avec le relief et avec les climats ou la végétation correspondante, mais aussi la façon qu’elles ont d’imaginer l’environnement dans lequel elles vivent"..


Le Mont Blanc depuis Courchevel Photo F Arnal 2007

"Il y a des représentations alpines qui sont très différenciées selon les populations, les catégories de la société, et puis il y a des représentations qui sont différentes selon les pays et selon les époques. La Suisse par exemple a placé les Alpes ou la montagne au coeur des ses représentations nationales  ou de leur imaginaire national c’est aussi le cas de la  Slovénie". Et puis d’autres qui ont considéré les Alpes comme leur lointaine périphérie c’est le cas de la France au moins jusque dans les années 60.

B Debarbieux fait le parallèle entre les politiques publiques de la montagne en Suisse ou Autriche et en France. Alors que dans les premier cas l’agriculture de montagne a été soutenue et valorisée tout en tirant profit du tourisme alpin. on a développé en Suisse un tourisme de village qui est encore largement aux mains des familles locales qui sont passées petit à petit de l’agriculture ou de l’élevage à l’hôtellerie.

En France un autre choix a été fait dans les années 60 sur le tourisme de masse et de grands aménagements intégrés remarquablement organisés et conçus mais qui ont délibérément fait l’impasse dans un premier temps sur les populations locales, quitte à leur donner le sentiment de les spolier un peu de leur territoire.
Les grands sites aménageables et les grandes parcelles communales ont été repérées par les aménageurs. Les grands stations de Tarentaise ont été localisées sur ce principe de repérage systématique.

B Debarbieux constate que les montagnes sont des lieux protégés. Occupant 20 à 25 % de la planète, elles font l’objet de nombreuses délimitations et protections ( la moitié des parcs nationaux  ou des zones protégées dans le monde sont localisées en montagne). Cela est certainement du à l’idée de nature à partir du XVIII° siècle la montagne représentait l’idée de nature la plus emblématique. Les premiers parcs ont été inventés aux Etats Unis et sont apparus dans les Alpes dans les années vingt.

Les montagnes ont été "renaturalisées", on a été même jusqu’à chasser les populations locales de ces parcs nationaux (Appalaches). Les montagnes sont la plus naturelle des natures mais elles incarnent cet idéal de nature qu’on leur avait attribué très tôt dans l’histoire des sciences.

BD revient ensuite sur la notion de "haut lieu". Certains lieux méritent d’être identifiés comme ayant une densité symbolique, une valeur propre emblématique pour une nation, un groupe social, ou pour l’humanité (on parle de "patrimoine mondial de l’humanité"). Le Mont-Blanc a incarné cette idée là à la fin du XIX° siècle. Le Cervin est tout aussi emblématique pour la Suisse.

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