Et pourtant elle bouge…

Auteur franz dans géographie LS2 — franz sam 22 déc 2007 16:42

Rediffusion d’une émission de France Culture sur la tectonique des plaques avec Paul Tapponier
Paul Tapponnier, né le 6 janvier 1947, ingénieur civil des Mines de Paris (1970), docteur ès sciences (1978) est physicien à l’Institut de physique du globe.

Il était l’invité de Sylvain Kahn le 29 Novembre 2006. Cette émission est rediffusée sur Planète Terre le 19/12/07.
Paul Tapponier revient sur le séisme de Sumatra ayant déclenché le tsunami du 26/12/2004;
Un des plus grands tremblements de terre jamais enregistré (9,7 selon l’échelle de Richter).

Ce séisme a touché le monde indien.


L’Humanité. International - Article paru le 31 décembre 2004

 Sinistre histoire de plaque

"Le glissement de la plaque indo-australienne sous la plaque continentale fait de l’Indonésie une région des plus instables.

Maudite soit la tectonique des plaques… Le terrible séisme de dimanche dernier, qui a provoqué des raz de marée dévastateurs en Asie du Sud-Est, est venu rappeler à tous cette vérité géologique : la croûte terrestre est un véritable puzzle en perpétuel mouvement. Une activité incessante qui modèle depuis des millions d’années la géographie de la planète. Et provoque régulièrement tremblements de terre et autres éruptions volcaniques. Le séisme de magnitude 9 qui s’est produit en pleine mer, au nord-ouest de Sumatra, est le dernier avatar d’un affrontement titanesque qui dure depuis près de cinquante millions d’années.

C’est vers cette époque, en effet, que la plaque indo-australienne, qui « porte » l’Inde, est entrée en collision avec la plaque eurasienne. Cette violente pression dans un sens sud-nord continue de s’exercer au rythme d’environ 5 centimètres par an. Elle a formé la chaîne himalayenne. Et repousse vers le sud-est la plaque de la Sonde, sur laquelle se situe l’archipel indonésien. Cette intense activité fait de cette région un haut lieu du volcanisme et de la sismologie. À l’ouest de Sumatra, la lutte des deux plaques se double d’un phénomène surprenant : la subduction. En clair, la plaque indo-australienne glisse sous sa rivale à la vitesse de quelques centimètres par an. Littéralement aspirée vers le bas, elle se transforme en magma. Le matériau qui la forme devient alors plus léger et remonte violemment vers la surface, comme un morceau de bois."..

Laurent Mouloud

La suite de cet article

La prévision, en termes de sismicité, est-elle plus ou moins difficile que la prévision climatique ?

Paul Tapponnier. La prévision climatique est très difficile : on n’a que des prévisions à 24 heures, des tendances sur une semaine, mais après, on ne sait plus faire. Sauf qu’on voit venir les tempêtes, qui se déplacent à la vitesse des vents, c’est-à-dire à une vitesse assez raisonnable. Restent des problèmes comparables à ceux que nous connaissons sous terre, à savoir un fonctionnement complexe, chaotique, qui fait qu’on ne peut prédire longtemps à l’avance. En termes de sismicité toutefois, je maintiens qu’être capable de dire que telle faille produit des séismes tous les cinquante ans, cent cinquante ans ou mille ans est déjà un énorme progrès. Il ne reste plus qu’à savoir où l’on se situe dans cet intervalle de temps. Maintenant, déterminer le jour précis où un tremblement de terre va frapper, c’est un objectif beaucoup plus compliqué. Mais je pense que, petit à petit, on arrivera à réduire cette fenêtre de temps.

La conférence mondiale de Kobe sur les catastrophes naturelles doit évoquer la création d’un système d’alerte et de prévention des tsunamis dans l’océan Indien. Quelles formes pourrait prendre ce système, très concrètement ?

Paul Tapponnier. Au Japon, il y a des sirènes. Les médias sont sollicités aussi, notamment les radios. Il y a aussi des systèmes plus sophistiqués, via Internet, qui peuvent fonctionner même s’ils touchent moins de monde. Un collègue revenu du Sri Lanka me disait, il y a peu, le meilleur instrument de prévention là-bas a été le téléphone portable ! Car tout ne s’est pas fait de façon instantanée. Une première vague, toute petite, a d’abord envahi la piscine d’un hôtel. Ensuite, il s’est écoulé trente minutes, pendant lesquelles le niveau de la mer est descendu, descendu… découvrant des roches qui n’avaient jamais été découvertes, même à marée basse. Puis une vague beaucoup plus importante est arrivée, au bout de sept minutes. Ça laissait donc le temps de réagir, à condition de savoir ce qu’il se passait. Le problème, c’est que dans l’heure qui suit un séisme, on n’arrive pas bien à en déterminer la magnitude, et donc la gravité. C’était le cas le 26 décembre, où l’on a d’abord parlé d’une magnitude de 8, puis de 8,6, puis de 9. Entre-temps, la vague était déjà arrivée aux Maldives.

Entretien réalisé par Alexandre Fache.

la suite dans L’Humanité : 19/01/2005

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